Histoire

Sur la rive droite de la Durance et en amont de son confluent avec l’Avance, le village de Remollon appartient au territoire de l’Embrunais dont il suit étroitement la riche histoire [1].

…naviguez dans le temps et les sujets!

  • Chronologie, des origines au XIXe siècle (Voir)
  • Quelques thèmes importants

Les Templiers  (Voir)

L’abbaye de Boscodon  (Voir)

Le duc de Lesdiguières  (Voir)

  • Quelques personnages illustres (Voir)

 

  • Remollon au 18e siècle, vu par la curé Albert (Voir)

 

  • Remollon au 19e siècle, vu par le préfet J.F. Ladoucette (Voir)

 

 

 

 

 

 

Chronologie générale

Les origines

Découverte dans une vigne [2] de sépultures de tuf remontant probablement à l’époque gallo-romaine.

L'abbaye de la Novalaise

L’abbaye de la Novalaise

– L’église de Remollon devrait son vocable de Saint Pierre à son rattachement, au VIII° siècle, à l’abbaye Saint Pierre de la Novalaise (actuellement en Italie) fondée en 726 par le patrice Abbon [3]. L’ancienneté du prieuré de Saint-Pierre est confirmée par de récentes fouilles archéologiques ayant mis à jour une sépulture datée au carbone 14 du Xe siècle.

– Au plan religieux, la paroisse dépend depuis l’origine de l’archevêché d’Embrun.

Le Moyen Âge

L'abbaye de Boscodon

L’abbaye de Boscodon

– L’Embrunais est sous la double tutelle du Comte de Forcalquier et de l’archevêque d’Embrun qui se partagent pouvoir de justice et pouvoir politique.

1132: fondation de l’abbaye de Boscodon. L’abbaye possède des vignes à Remollon, puis à la fin du XIIe siècle, prend possession du prieuré de Saint-Pierre de Remollon. Elle le conservera jusqu’à la Révolution de 1789.

– Les Templiers possèdent des vignes à Remollon.ECUSSON TEMPLE2

– En 1232, par vente des possessions du comte de Forcalquier au Dauphin, l’Embrunais devient dauphinois

– 1311: suppression de l’Ordre des Templiers par le roi Philippe le Bel. Les biens qu’ils possédaient à Remollon sont transférés à l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui fonde une petite commanderie à Remollon. Elle sera agrégée à la Commanderie de Gap une trentaine d’années plus tard.

– 1329 : Lantelme Aynard, seigneur de Théus, donne par testament une coseigneurie de Remollon à l’abbé de Boscodon.

–  Par la suite, jusqu’à la Révolution de 1789, le pouvoir féodal est partagé entre les seigneurs de Bellafaire et de Théus, le commandeur de Saint-Jean de Jérusalem, et l’abbé de Boscodon.

– 1336 : pour la justice, Remollon est le siège d’un mandement comprenant les communes actuelles de Théus et de Remollon

– 1349 : le Dauphin Humbert II transfère au roi de France Philippe VI la province de Dauphiné; qui devient l’apanage des fils aînés des rois de France avant d’être complètement intégrée au royaume de France en 1560.

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Du 16° siècle à la Révolution

– guerres de religion : situé entre Tallard, Chorges et La Bréole, lieux de fréquents combats entre Réformés et Catholiques, le village souffre des passages de troupes et des affrontements. L’église Saint Sébastien est détruite ainsi, probablement, que l’église Saint Pierre.

– 21 octobre 1574 : combat près de Remollon entre la cavalerie de Lesdiguières, chef de guerreLesdiguieres des Réformés en Dauphiné, et celle de Laborel, gouverneur catholique du Gapençais.

– Juillet 1692 : invasion de l’Embrunais par les troupes du duc de Savoie. Composées en grande partie de mercenaires espagnols et allemands, guidées par les Barbets, elles mettent la région à feu et à sang. Remollon est incendié en septembre : 56 maisons sur 86 sont pillées et incendiées, plus nombre de granges, écuries et celliers. Les églises subissent le même sort ; les pillards emportent même les cloches.

– Guerre de succession d’Espagne (1701-1713), puis guerre Franco-espagnole contre le roi de Sardaigne (1745-1748),. Comme beaucoup de communautés de l’Embrunais, le village subit pendant toutes ces années le poids de réquisitions de denrées et de transports, d’hommes et de bêtes au service de l’armée alliée qui part combattre en Italie.

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La période révolutionnaire

– 1783 : quelques années avant la grande Révolution, Antoine Albert, curé de Seyne, retrace une Histoire du diocèse d’Embrun [4] ; elle comprend un intéressant chapitre (lire ici) sur le village de Remollon qui comptait, selon lui, 405 personnes à cette époque.

– 1790 : élection du premier conseil municipal le 24 janvier : Joseph Vieux est élu maire, François Colomb et Dominique Borel sont officiers municipaux, et François Constans procureur. Les autres membres de ce premier conseil municipal sont Augustin Rolland, Jean-Baptiste Ricard, François Allard, Joseph Blanchard, Jean-Baptiste Vieux et Louis Allard, tous « citoyens actifs » de Remollon.

– Formation du département des Hautes-Alpes en janvier 1790 ; Remollon fait partie du district d’Embrun , et est chef lieu d’un canton regroupant Bréziers, Espinasses, Remollon, Rochebrune, Rousset et Théus. Cette situation dura jusqu’en 1800 où la loi du 17 février réduisit le nombre de cantons, regroupant ces six communes dans l’actuel canton de Chorges.

– Gap devient à la fois préfecture et siège de l’évêché des Hautes-Alpes ; déclin correspondant d’Embrun qui n’est alors plus le siège d’aucun pouvoir politique ou religieux.

– Vente aux enchères, sous forme de biens nationaux, des possessions de l’abbaye de Boscodon et Notre-Dame du Laus à Remollon.

– Jean-François Martel, curé de Remollon, et Gaspard Allard, dernier sous-prieur de Remollon, prêtent le serment du clergé constitutionnel.

– 1791 : création d’une « brigade de gendarmerie nationale à pied » à Remollon ; on veut l’installer « dans la maison du prioré ayant appartenu à la ci-devant abbaye de Boscodon vendue depuis comme bien national »

– 1792 : premiers projets de construction de digues sur la rive droite de la Durance ; les travaux correspondants seront poursuivis entre 1795 et 1850, essentiellement aux frais de la population.

– Fixation des limites entre les communes de Remollon et Théus

Les années suivantes de la période révolutionnaire seront, comme pour la plupart des autres communes des Hautes-Alpes, marquées par les disettes de blé, les réquisitions d’hommes et de bêtes, la conscription pour l’Armée d’Italie. De même, point d’excès révolutionnaire dans la commune, mais une grande sagesse dans la gestion des crises : à titre d’exemple, le vieux sous-prieur Gaspard Allard commet la grave imprudence de renier publiquement,en pleine chaire, son serment à la constitution civile du clergé ; il est simplement sermonné et condamné par le maire à une amende au profit des pauvres. Personne ne le dénoncera, et il finira tranquillement ses jours au village… !

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Le 19° siècle

Cette période est principalement marquée par le véritable « décollage » économique du village dont la population culmine autour de 700 habitants vers 1860.

– On a déjà mentionné la construction des digues sur la Durance qui permirent la « conquête » d’importants territoires sur le lit de la Durance (plus de deux kilomètres de long sur 440m de large en moyenne), l’établissement de cultures de blé, de quelques vergers. Des plantations de peupliers contribuaient à l’assèchement de la zone qui restait menacée par une Durance toujours aussi dangereuse malgré les digues.

– l’économie du village est entièrement fondée sur la viticulture, et le terroir de Remollon exploité jusques sur ses pentes les plus abruptes, qu’on ne pouvait travailler qu’à la main. Selon Jean-François Ladoucette [5], ce serait à Remollon que le sécateur, outil de taille de la vigne à l’époque, aurait été inventé dans les années 1805-1810. Toujours selon lui, les récoltes pouvaient donner jusqu’à 10.000 hectolitres d’un vin qui était justement réputé. Dans son ouvrage, le préfet Ladoucette donne une intéressante description du village au milieu du XIXe siècle (lire ici).

pont_Remollon

Le pont de Remollon au début du XXe siècle

– Mentionnons enfin la construction en 1842, à l’initiative du curé Auguste Martel,  de l’église Notre-Dame-des-Victoires, l’ancienne église Saint Pierre étant devenue beaucoup trop petite pour une population en pleine expansion. Elle sera démolie en 1853 pour agrandir la place du village et y installer la fontaine publique actuelle. Seul le beau clocher du XVIe siècle a heureusement été conservé.

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Thèmes importants

Les Templiers et l’ordre de Saint Jean de Jérusalem

–       Selon Joseph Roman, les Templiers avaient depuis le XI° siècle à Remollon une petiteECUSSON temple1 commanderie qui possédait des vignes et une « maison de l’hôpital » qui fut le siège de la commanderie.

–       À la suppression de l’ordre des Templiers en 1311, la commanderie de Remollon fut transférée à l’ordre des Chevaliers de St Jean de Jérusalem. Jusqu’à la Révolution, cet ordre partage la coseigneurie de Remollon, et perçoit les revenus de ses possessions dans le terroir du village.

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L’abbaye de Boscodon

–       Fondation de l’abbaye de Boscodon en 1132. Dès l’origine, l’abbaye possède des vignoblesIMG_3667 importants dans le terroir de Remollon, puis prend possession du prieuré de Saint Pierre. Elle possédait également le prieuré de Saint Maurice, situé au-dessus du village, sur la montagne du même nom. L’abbé de Boscodon est prieur de Remollon, et y nomme pour le représenter un sous-prieur, et perçoit les revenus de ses domaines dans le terroir.

–       1329 : Lantelme Aynard, seigneur de Théus, donne par testament une coseigneurie de Remollon à l’abbé de Boscodon qui devient ainsi coseigneur de Remollon, et y perçoit la dîme en sus de ses revenus liés à ses possessions dans le terroir.

–       1769 : suppression de l’abbaye de Boscodon , à l’initiative de Mgr de Leyssins, archevêque d’Embrun, aux seuls motifs (peu convaincants !) de l’insuffisance de ses moyens et du nombre insuffisant de moines [6].

–       Une longue procédure s’engage cependant auprès du Parlement de Dauphiné et du Roi pour obtenir le maintien de l’Abbaye, et les consuls de Remollon, attachés par une tradition de plus de 600 ans à cette institution, s’associent à ces démarches. En octobre 1778, l’assemblée consulaire, tout en rappelant l’importance de l’abbaye pour la communauté villageoise, fait état de sa joie lorsque qu’elles faillirent aboutir [7] et permirent le rétablissement momentané des moines dans leur abbaye:

« dans tous les tems, cette communauté a ressenti autant que toute autre, l’importance du monastère de Boscodon, ordre de St Benoît en ce diocèse, tant par raport aux services d’un religieux de résidence en qualité de sous-prieur et d’un religieux que le monastère envoyoit au tems des festes de Pacques et de la Pentecoste dans ce lieu pour se porter au secours espirituel, et par l’avantage des places honorables que fournissoit le monastère, chef d’ordre dans la contrée, respectable par son ancienneté et la régularité des membres qui l’ont toujours composé, que par la ressource que les religieux fournissoient en cas de besoin. Aussi n’a t’on pu voir sans gémir la suppression que mgr l’archevêque d’Embrun a tenté d’en faire. On a appris avec la plus vive joye le succès de réclamation des religieux, soutenue par celle du ministère public, qui ont décidé nosseigneurs de la souveraine cour du Parlement de cette province à rendre arrêt le 13 août dernier, qui réintègre les religieux dans le monastère et la possession de leurs biens »

Manifestement très opposé à l’archevêque, le conseil délibère ensuite sur les pétitions à transmettre aux autorités pour s’opposer aux manoeuvres de Mgr de Leyssins qui persiste dans sa décision de fermer l’abbaye : « et comme mgr de Lessin archeveque d’Embrun en a annoncé ou fait annoncer la cassation, […] le public de cette communauté en particulier ayant intérêt d’effacer les motifs vagues et supposés pour parvenir à ladite cassation, il échoit de délibérer »

–       Malheureusement, ce fut l’archevêque qui eut finalement gain de cause, et les biens immenses de l’abbaye furent partagés entre Monseigneur de Leyssins et les hôpitaux d’Embrun et de Gap.

–       1790 : les biens de l’abbaye de Boscodon à Remollon et les communes avoisinantes sont vendus comme biens nationaux.

–       Aujourd’hui, magnifique monument de style roman, l’abbaye de Boscodon a fait l’objet d’une restauration soignée, et son site montagnard constitue un très bel objectif d’excursion.

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François de Bonne, Duc de Lesdiguières

Le chef de guerre protestant durant les guerres de religion du 16° siècle, futur Duc de Lesdiguières et Connétable de France a  bien connu Remollon !

– Sa correspondance indique que durant la période précédant l’Edit de Nantes, il y fit plusieurs brefs séjours (parfois seulement une nuit, entre deux chevauchées) au cours de ses multiples déplacements. Les chemins de la rive droite de la Durance, par Remollon, lui permettaient de joindre la région de Tallard (et, au-delà, de Serres, une des places fortes des Protestants) à Embrun en évitant les alentours de Gap et de Chorges, lieux perpétuellement disputés entre catholiques et protestants.

– On sait également qu’il livra tout près de Remollon, en 1574, un combat de cavalerie contre le sieur Laborel, chef des catholiques à Gap avant de se retirer a village.

– La comptabilité de ses domaines [8], soigneusement tenue au 17° siècle par le sieur Brunet atteste qu’il possédait à Remollon des biens importants, et notamment des vignes qui lui procuraient des revenus substantiels en argent et en vin. La tradition populaire disant qu’il venait au village y prendre des bains de moût de raisin n’est donc peut-être pas tout à fait une légende !

– Indépendamment de sa valeur militaire bien connue, on sait que Lesdiguières avait également un sens aigu des affaires, comme le montre l’extrait ci-dessous de sa correspondance [9] (17 février 1619), lettre qui obligeait les habitants du Champsaur de n’acheter de vin que celui qu’il récolte à Remollon… !

« Le seigneur de Lesdiguières, duc de Chansaur, maréchal de France, gouverneur et lieutenant général pour le Roy en Dauphiné :

Nous ordonnons bien expressemment à tous nous sugets du Chansaur et autres qui font voyture du cousté dudict Chansaur, de n’an achepter point d’autre que de celuy que nous avonts à Remoulon et auprès, comme qu’ils l’acheptent des autres ; et à tous les houstes dudict Chansaur despuis le col de Sainct Guigues, le col de Manse et d’Anselle, de n’en achepter point d’autre jusques à ce qui soyt entièrement débité, à peyne aux contrevenants de confiscation dudict vin et [saisie] de leur bestail et vin, jusqu’à ce que par nous en soyt autrement ordonné ; cometant à cet efet Jacque Gouber, soldat de nous gardes ou Brunet quy a la charge de la desbite dudict vin, duquel prandront [ordre].

Fet à Grenoble le 17 février 1619.

Signé Lesdiguières, par mondit seigneur Brémont »

Heureusement pour nos amis Champsaurains, et (si l’on ose…) à la décharge de Lesdiguières, le vin en question était déjà fort renommé !

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Personnalités locales

Jean Allard

Issu « d’une famille noble de Remollon était avant 1578 ambassadeur pour le roi de France en Suède »

Augustin Colomb

Avocat à Remollon, il fut plusieurs fois premier consul du village sous l’ancien régime. En 1788 il est élu représentant de l’élection de Chorges pour participer aux assemblées des États Généraux de Vizille. En 1790, il fut en janvier, avec Paul Faure, le dernier consul élu de Remollon, avant de céder la place le 24 janvier à Joseph Vieux, premier Maire de la commune.

Jean-Baptiste Vieux

Chirurgien à Remollon, il est élu par l’administration du département chirurgien major du bataillon des grenadiers et chasseurs formé à Gap (loi du 25 juillet 1792).

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[1] À ce sujet, voir par exemple le très bel ouvrage du général Jacques Humbert « Embrun et l’Embrunais à travers l’histoire » – Éditions de la Société d’Études des Hautes-Alpes – Gap, 1972

[2] Joseph Roman « Répertoire archéologique des Hautes-Alpes ». In Répertoire archéologique de la France. Paris (A. Picard) – Imp. Nationale. 1888

[3] Joseph Roman « Tableau historique du département des Hautes-Alpes. Première partie ». Grenoble (F. Allier). 1887

[4] Antoine Albert « Histoire naturelle, ecclésiastique et civile du diocèse d’Embrun » 1783 – Réédition par l’Association des Hauts-Alpins du Var.  1959

[5] Ladoucette J.C.F. Histoire, topographie, antiquités, usage et dialectes des Hautes-Alpes. 1848. Laffite Reprints. Marseille

[6] Voir à ce sujet « L’abbaye de Boscodon » – Société d’Etudes des Hautes-Alpes. Gap, 1974

[7] Archives Départementales des Hautes-Alpes – Délibération du 11 octobre 1778.

[8] Bibliothèque municipale de Grenoble – Manuscrits du duc de Lesdiguières (R6150 et suivants).

[9] Comte Douglas et Joseph Roman « Actes et correspondance du connétable de Lesdiguières, Actes et correspondances ». E. Allier, Grenoble. 1878

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